Sens'ille

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Revenez sur terre

ElectionsPosted by Christian Gobyn-Degraeve Sun, November 04, 2018 21:51:05

Revenez sur terre…

Un dimanche soir d’élections, les écologistes sont à la fête… Ils enregistrent une forte progression en voix et doublent leur nombre de sièges au conseil communal de Mouscron.

Euphorie exubérante d’une soirée arrosée de quelques blondes locales.

Les représentants se posent en vainqueurs et rêvent d’être sollicités pour constituer une majorité durant les 6 années de leur mandat. « Nous sommes prêts à discuter. Nous attendons une invitation... » lançaient les élus quelques heures après la clôture du scrutin. « Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités ».

Refrains mille fois entonnés !

C’est beau !

À défaut de victoire, le succès fait rêver.

Sauf qu’à y regarder de plus près la situation n’est pas aussi claire que ce qu’on imagine au premier abord.

Retour en arrière.

Le CDH occupe le poste de bourgmestre depuis des décennies à Mouscron. Malgré la perte dans des circonstances malheureuses de deux de leurs leaders pourvoyeurs de voix, il obtient une majorité absolue en engrangeant, une fois de plus, près de 10,000 voix, par très loin de la moitié des votes exprimés. D’élection en élection la ligne de démarcation ne change pas beaucoup. L’usure du pouvoir, ils ne doivent pas trop savoir ce que cela veut dire.

Force est de constater que l’électorat mouscronnois leur reste indécrottablement fidèle. Dès lors, comment ne pas reconnaître que ce sont eux les véritables vainqueurs de ce scrutin?

Pour ma part je leur crie, bravo et je leur tire mon chapeau.

Cela dit je m’interroge en tant que citoyen moyen, non affilié à un parti, qui revient dans sa ville après plusieurs années d’absence.

Que s’est-il donc passé, ou plutôt pas passé ? Pourquoi une alternative écologique ne parvient-elle pas à émerger de manière incontournable dans la politique de cette ville sans toutefois me laisser aller à rêver d’une majorité?

Une précaution avant de poursuivre. Je ne suis pas un politologue, professionnel des analyses sociologiques. Je me pose en simple citoyen curieux de la chose publique, à l’écoute de ce qui se passe autour de moi. Je ne représente donc que moi-même et ne suis au service de personne. Ma liberté est mon seul passeport.

Un constat d’abord. Le PTB, d’obédience communiste marxiste n’était pas présent lors du scrutin contrairement à d’autres villes où ils ont fait un carton en prenant principalement des voix au PS. En bonne arithmétique et en absence d’alternative de gauche, les voix perdues du PS local sembleraient avoir profité largement à Ecolo…

Je m’interroge donc : lors des prochains scrutins ces voix resteront-elles chez écolo ou se tourneront-elles vers l’extrême gauche ?

Douce euphorie d’un soir d’élection qui pourrait se transformer dans 6 mois en profonde désillusion.

De nombreuses problématiques traversent la société. Elles sont autant de fractures dans le milieu sociétal. Elles empruntent de nouvelles lignes de démarcation dans la population. Deux d’entre elles débordent du cadre habituel belgo-belge pour s’inviter bien au-delà des limites de notre espace communal et même national. Je veux parler des problèmes de l’immigration et du changement climatique.

Mon propos n’est pas d’en faire une analyse ni même un tour d’horizon, d’autres le font avec beaucoup plus d’autorité que moi. Ce qui m’intéresse présentement c’est l’impact de ces problématiques au niveau de ma commune.

Et là, grosse déception y compris chez « écolo »

Où sont passés les candidats issus de l’immigration? J’ai eu bien de la peine à en trouver alors que 22,8 % de la population est d’origine étrangère.

Une nouvelle question surgit: les a-t-on délibérément laissés de côté pour esquiver le débat ?

Dans la campagne électorale, qu’est devenue la motion de Mouscron ville ouverte ? Une simple déclaration d’intention oubliée dès le lendemain de son approbation ?

Je me réjouis sans réserve par contre de voir qu’à Bruxelles des bourgmestres sont aujourd’hui les fils d’immigrés. C’est une bouffée d’air frais dans le cloaque des propos de la droite et l’extrème-droite.

O. Chastel, le président du MR, avait mis en garde ses troupes et demandé de laisser dans l’ombre cette question dérangeante. Le message a semble-t-il été bien entendu dans tous les partis mouscronnois alors même qu’elle ne fera que prendre de l’importance dans l’avenir vu la situation qui prévaut dans les pays d’Afrique. La pression migratoire liée aux dégâts environnementaux poussera les gens à chercher d’autres lieux, d’autres pays pour tout simplement ne pas crever. Aucune barrière, aucun mur ne pourra arrêter ceux qui n’ont plus rien à perdre.

« Plus rien à perdre ». Prenons-nous conscience de ce que ces mots veulent dire ?

Le second problème n’est pas sans liens avec le premier à savoir le réchauffement climatique. Aujourd’hui certains climatologues doutent de la possibilité de limiter le réchauffement de notre planète Terre en dessous de 2 °C. Notre mode de vie et surtout celui de nos enfants et de nos petits-enfants en seront profondément et douloureusement affectés.

Certes à chaque niveau de pouvoir la réponse ne peut être que limitée, mais chaque acteur a le pouvoir et le devoir à son niveau d’apporter une partie de la solution à ce problème. Que se soit au plan individuel, communal, provincial, régional fédéral ou mondial, tous nous portons la responsabilité de mettre en œuvre des solutions. Elles diffèrent certes d’un niveau à un autre, mais chaque niveau est essentiel et irremplaçable dans l’avenir à construire.

Comment ces enjeux ont-ils pu être ignorés ? Mouscron serait-il un havre préservé du monde extérieur ?

Malheureusement l’imagination et le courage politiques « au pouvoir » ont déserté Mouscron lorsqu’on examine la campagne électorale. Certes il y a eu un débat devant les caméras de télévision, des prospectus, une inflation d’affiches, des slogans interchangeables, mais tout cela n’a suscité que très très peu de réactions dans la population. Tout se passait entre responsables politiques très courtois, dans des échanges empreints de cordialité, bien loin d’un salutaire affrontement des idées. Un peu comme si les uns et les autres se ménageaient pour préserver ses chances d’entrer une coalition au lendemain des élections à moins qu’une fois de plus l’important fût de ne pas bousculer l’électeur. Stratégie politique ou démission ?

Des exemples ? En voici trois:

Au sujet de la suppression de la « taxe sur les trottoirs » au dire de plusieurs spectateurs, le débat est resté tout en surface entre gens qui se ménagent.

Personne n’a relevé non plus qu’une candidate CDH, membre de la commission de son parti sur les affaires familiales, ne s’est jamais prononcée sur l’enfermement des enfants en centre fermé.

Dernier exemple : que pensent les citoyens qui voient des candidats écologistes des élus de l’ancien collège communal prendre un verre un lundi soir dans un café de la Grand-Place à quelques jours du scrutin ? Vous avez la réponse... Non… Dommage pour vous.

Mais n’anticipons pas et revenons au soir de l’élection.

Lors du débat postélectoral devant les caméras de télévision, lorsque Madame Vienne affirme qu’il y a une « gauche à Mouscron » en y incluant le PS et Ecolo, le représentant de ce dernier reste sans réaction. À ce que je sache, Ecolo a toujours voulu sortir du pur débat « gauche droite » et se profiler comme un parti politique qui tente de faire de la politique « autrement ». L’absence de réaction en dit long sur la mise à l’écart des fondements de l’écologie politique à Mouscron.

Et cette attitude est alimentée par les candidats eux-mêmes lorsqu’ils osent avouer leur désintérêt complet pour la « Province » J’en suis encore sidéré et je me sens carrément berné, floué. C’est un déni de démocratie. Un abandon de responsabilités. J’espère seulement que personne n’a filmé cette intervention pour la poster un jour sur les réseaux sociaux.

Finalement, je me dis que la cause écologique n’a pas beaucoup évolué depuis des années et certainement pas en profondeur quand j’entends les réactions de désintérêt des habitants vis-à-vis de la chose publique. La campagne aurait pu être un moment de réflexion collective. Occasion ratée.

Il ne faut dès lors pas s’étonner de la perte de confiance du citoyen dans le monde politique. Le parti des abstentionnistes fait un bien meilleur score que ceux qui se prétendent vainqueurs.

Ces attitudes ne grandissent pas les hommes et femmes politiques et donnent raison aux électeurs quand ils affirment « qu’ils sont tous pareils et que de toute façon ils feront ce qu’ils ont envie de faire sans nous demander notre avis »

Heureusement, l’écologie politique ne se réduit pas à un seul parti. J’espère seulement qu’elle redeviendra par cette force d’imagination et de persuasion, cet aiguillon sociétal débordant sur toute les couches de la population. C’était le cas à l’origine du mouvement écologique qui n’hésitait pas devant un discours plus radical et provocateur.

Dommage qu’écolo semble l’avoir oublié au profit d’une gestion que d’autres, aux yeux des citoyens, peuvent assumer aussi bien qu’eux. Les 10,000 voix du CDH l’ont pensé ainsi.

Il reste 6 mois pour me convaincre du contraire…

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