Sens'ille

Sens'ille

Parce que tu as

quelque chose d'unique à nous faire partager à nous tes amis. Quelque chose de toi, une émotion, une expérience, une création peut-être, un bonheur quelque fois, une indignation ou une colère, enfin les occasions de te dire ne manquent certainement pas. . Ici ils seront accueillis avec respect parce que nous sommes entr'amis.

Saveurs d'épices en pays berbère

VoyagePosted by Christian GD Mon, November 25, 2013 12:45:56

La pluie avait un gout de miel ce dimanche matin au retour de mon voyage au Maroc.

Un miel butiné par des abeilles qui, là aussi, se meurent mystérieusement sans que l’on sache trop pourquoi. C’est du moins ce que l’on essaye de nous faire croire… Miel qui a la saveur sacrée du thé servi, toujours, où que vous arriviez, où que vous passiez, qui que vous rencontriez, en guise de bienvenue. Une tradition comme chez ma grand-mère, autrefois, lorsque la cafetière était sur le coin du feu, attendant celui qui passerait.

Ici, en pays berbère, le thé est une occasion de rencontre tout autant qu’une découverte d’hommes et de femmes et d’enfants qui, face au rouleau compresseur du progrès, de la civilisation, de l’occidentalisation tentent de vivre, de survivre, comme certains d’entre nous, non ?

Là-bas, la pluie manque depuis des mois ; nous, nous nous en plaignons mais la source de leur hospitalité ne se tarit pas. Il n’y a pas de sécurité sociale, mais l'entraide est de rigueur. Les vieux vivent encore à la maison ils ne se posent pas cette question.

« Étranger, écoute-moi, sache que tu es ici le bienvenu, notre maison t’est ouverte, nos bras te sont tendus. Es-tu une menace ? Un ami ? Qu’importe, tu peux loger chez moi. Je t’offre les galettes du matin, l’eau qui me manque, le bois qui se fait rare pour chauffer la douche que tu prendras.

Je suis chassé de mes pâturages ancestraux par des puissants, les mêmes que chez vous, pour y faire paître leurs taureaux. A leurs yeux, je n’existe pas. Je suis sans papiers, sans documents. Je n’ai rien de ce que tu possèdes mais j’ai tout à t’offrir.

Mes chemins ne sont pas au programme de ton GPS mais ils mènent à nous, nos maisons, notre troupeau, nos jardins de légumes, notre filet de rivière. Nous n’avons pas d’armes à la main même pour nous défendre et nous pleurons nos frères qui s’entretuent au nom de notre religion.

Mon visage, je ne le voile pas mais je regarde avec inquiétude.

J’ai peur, c’est si fragile chez moi.

Je ne sais si cela durera encore longtemps, si mes enfants resteront près de nous.

En tout cas, tu pourras témoigner que j’ai vécu en pays berbère, dans les montagnes de l’Atlas par temps glacé, par temps de canicule et que j’envoie mes enfants à l’école pour apprendre ce que tu trouves d’important alors que dans ma tribu tout se sait depuis des générations.

Dans notre village, il fait bon vivre auprès des siens. Lorsque la nature trop cruelle ou que les études nous en éloignent, nous y revenons dès que possible. Nous n’abandonnons pas ceux que nous aimons.

Nous avons certes nos soucis et votre aide, vos conseils nous sont précieux. Parfois, nous manifestons notre colère contre les autorités qui ne nous écoutent pas mais nous ne voulons qu’un peu d’électricité, une route carrossable pour nos taxis- brousses et garder notre liberté : celle de voyager, de vivre comme nous sommes. Nous n’aimons pas le chaos, aussi nous discutons en nous faisant respecter.

Quand tu nous regardes, apprends à ne pas te fier aux apparences. Si nos rues sont de terre et de poussière, c’est que nos montagnes calment l’ardeur du vent et qu’il la dépose jusqu’à nos portes, pas plus loin, jamais dedans, du moins si tu te déchausses.

Nos femmes, nous les aimons belles. Elles portent leurs couleurs, leur enfant sur le dos, leurs bijoux. Nous n’avons pas de coffre. Elles peuvent être de caractère et de questions lorsque tu t’approches et c’est tant mieux. Leurs mains ont le sourire de la cannelle, la curiosité du gingembre, la générosité du cumin, le mystère des épices berbères.

Sitôt rentré chez toi, raconte leur ton voyage, et aussi, c’est important, que nos enfants jouent au foot sur la place, que nos magasins sont remplis de légumes de notre labeur partagé entre hommes et femmes et que… que nos visages sont de lumières dorées creusés par le soleil, le froid, le vent, rarement la pluie.

Nous t’offrons tout cela. Emporte tout et fais vivre chez toi ce que tu as vu chez nous. C’est le cadeau que tu peux nous offrir.

Peut-être qu’ils ne te croiront pas. Invite-les alors à venir nous voir pendant que nous sommes encore là. Nous leur servirons le thé, ce qu’ils ont oublié, et ils verront que nos terres et notre ciel sont couverts de miel. »

Oui, le miel peut avoir un goût de pluie… si tu y regardes bien.

  • Comments(4)

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Posted by Sophie Thu, May 15, 2014 10:12:39

Se replonger dans cet atmosphère de désert est un bonheur. Merci Christian.

Posted by Laurence Laurent Mon, April 14, 2014 14:09:10

Merci Christian, mon fils ainé rentre d'un voyage au Maroc, montagne et dunes dans le désert. Les photos sont magnifiques. Merci pour ton très beau texte.
bises nantaises d'une copine ennéagramme (7 tàt) ;-)

Posted by Gen Mon, February 10, 2014 19:27:53

Bien agréable ce petit voyage dans l'Atlas. Merci.

Posted by marie Sat, November 30, 2013 21:37:20

quel beau texte! merci christian!!