Sens'ille

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Parce que tu as

quelque chose d'unique à nous faire partager à nous tes amis. Quelque chose de toi, une émotion, une expérience, une création peut-être, un bonheur quelque fois, une indignation ou une colère, enfin les occasions de te dire ne manquent certainement pas. . Ici ils seront accueillis avec respect parce que nous sommes entr'amis.

Devoir d'espérance

ActualitésPosted by Cgd Wed, April 02, 2014 11:43:25

Devoir d’espérance.

« L’homme ne va jamais aussi loin

que lorsqu’il ne sait pas où il va »

(C. Colomb.)

J’aime le train.
J’aime le train pour la liberté que je me donne de ne rien faire et de me laisser contrôler, enfin parfois. J’aime le train pour la diversité des voyageurs, leurs silences, leurs discussions, leur regards, parfois leurs sourires embarrassés. Le temps s’écoule d’une autre manière à travers les paysages qui voyagent.

Dernièrement sur le trajet qui me ramenait de Bruxelles une femme et un homme se sont installés face à face, à côté de moi. Elle, sans aucun doute la mère, était accompagnée de sa fille.

Elle et lui avaient la quarantaine grisonnante bien entamée, la fille la douceur lisse de ses vingt ans.

Les adultes se sont lancés dans un tête à tête consensuel sur l’écologie et l’environnement, objets visiblement de leurs préoccupations quotidiennes.

Durant plus d’une demi-heure, ils déplorèrent avec une sincérité alarmante, les pesticides, la disparition des oiseaux, l’hécatombe chez les abeilles, dénonçant au passage le manquement des politiciens, les règlementations bureaucratiques, les structures inadéquates des associations. Rien ne trouvait grâce à leurs yeux. Notre devenir tenait en une simple phrase :

« Dans trente ans il n’y aura plus rien »

La jeune fille se taisait. Une question fusa à son attention, inattendue :

« Ça ne t’intéresserait pas en tant qu’avocate de défendre la cause de la nature » ?

Interloquée, la réponse resta suspendue à ses lèvres. Nos regards étaient à la rencontre du sien.

« Non » répondit-elle sans autre forme de commentaire.

Le visage déçu, ils reprirent leur aparté, sans étonnement, mais avec les propos que l’on devine sur la motivation des jeunes d’aujourd’hui.

À la réflexion, pouvait-elle répondre autre chose que « non » ? Devant de telles affirmations pouvait-elle songer un seul instant à engager sa vie sur une vision de l’avenir aussi alarmante ?

Mes parents, mes professeurs n’avaient pas tout ce que nous possédons. Ils avaient connu une guerre, parfois deux. Leur monde n’était pas plus radieux qu' aujourd’hui mais ils m’ont fait partager l’espoir d’un monde meilleur tenant en quelques mots :

« J’espère que vous vivrez mieux que nous ».

Je sais toute l’ambigüité de cette phrase mais derrière les mots elle disait quelque chose d’essentiel.

Nous avons construit une société dont je ne suis pas satisfait, mais cela nous donne-t-il le droit de tuer l’espérance auprès de nos enfants?

Nous qui prétendons avoir l’expérience de la vie n’avons-nous pas à transmettre « le devoir d’espérance » légué par nos parents ? Une espérance lucide fondée sur une interrogation et un discernement à propos de nos valeurs qui s’accommodent mal de nos railleries et de notre indifférence pour la chose publique.

Ne comptons ni sur le politique ni sur les médias pour nous ouvrir l’horizon. Ils ne peuvent qu’exister qu’à travers ce qui est « problème » C’est leur terreau, car pour eux l’homme heureux n’a pas d’histoire et la satisfaction est suspecte du péché de démission.

Thomas d’Ansembourg pointait à juste titre que nous vivions depuis des siècles dans une culture morbide racontant l’histoire des guerres, des malheurs et des famines. Nous entretenons, sans révolte, ce regard qui débouche sur la désespérance ambiante au mépris de la vérité sur le quotidien de nos ancêtres.

Et pourtant nous n’avons, dans toute l’histoire de l’humanité, sans doute jamais atteint un tel niveau de bien-être culturel, social, spirituel et matériel même si notre souci de justice est grandement insatisfait et que le champ d’application reste immense pour que plus d’hommes puissent en bénéficier.

Notre monde évolue et cette évolution s’accélère parce que nous assistons à un changement de culture. Un changement de culture qui interroge la pertinence de nos valeurs et de nos croyances héritées du passé.

Le monde ancien centré sur les particularismes se déchire et l’humanité commence à faire l’expérience redoutable de sa diversité et de son unité. Beaucoup d’entre nous, résistent à ces bouleversements avec violence parfois, par méconnaissance ou par peur de s’y perdre. Et cette peur est entretenue et voulue pour enchainer notre liberté et notre pouvoir de discernement. Dans ce carcan nos valeurs étouffent par manque de souffle de vie.
Ne laissons donc pas détruire l'humain en nous. Réfléchissons à « notre devoir d’espérance » et prenons le train pour ne pas rester sur le quai de la peur. Nos enfants en ont urgemment besoin.



Cgd mars 2014













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