Kouros

Le jeune errant superbe,
dans un geste désinvolte
avait planté dans la poitrine de sa veste
une étoile de David .
Tout à son nouvel être, il dessinait,
d'une main maladroite, enfant
la silhouette décalquée sur le siècle précédent. Ce qu'il croyait de l'audace n'était qu'une pantomime.
Où/quand l'homme a dépouillé
son essence divine et a jeté
par delà sa simple dignité.
Dévoré comme des fauves étêtés et autophages,
le siècle fut sublime.
Un siècle de furie, de charniers, de cendres et de fumées,
on compte par les décamillions le peuple des victimes.
Et s'il est un malin, possédé par l'ordure stérile,
qui choisit entre le rwandais, le chinois, le palestinien,
le cambodgien, le russe l'arménien & le tzigane,
une victime plus nue que l'autre et le désigne.
C'est faire peu de cas de notre sort commun, et nous
porter tout entier au-delà du digne.
Idole inversée; que le pâtre égaré trace d'une faible main;
issu de l'ombre de l'idole.
La posture du postmoderne,
qui croit faire du drame primitif une farce et rit
comme un dément à sa blague stupide,
partage avec l’excrément sa nature fétide.
Nager là-dedans,
c'est avaler les fèces,
tout goulument
comme un ventre affamé,
branché sur le reptilien
de l'Organe.

Invente-toi l'enfant nu grec que tu es,
Kouros