Sens'ille

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Parce que tu as

quelque chose d'unique à nous faire partager à nous tes amis. Quelque chose de toi, une émotion, une expérience, une création peut-être, un bonheur quelque fois, une indignation ou une colère, enfin les occasions de te dire ne manquent certainement pas. . Ici ils seront accueillis avec respect parce que nous sommes entr'amis.

Je ne suis pas Charlie

ActualitésPosted by Cgd Mon, January 26, 2015 14:37:09

Je ne suis pas Charlie et je le fais savoir.

Je n’en ai ni l’intelligence, ni l’audace libertaire.

Au moment d’écrire ces mots, déjà je me pose la question de leur divulgation à travers la peur d’être mal compris ou de blesser inutilement. Mais que seraient les mots sans le courage de celui qui les expose sinon rupture avec soi-même et les autres.

Je ne suis pas Charlie, même si je partage l’émotion et le sentiment douloureux des hommes et des femmes confrontés à des attentats perpétrer au nom d’un dévoiement d’une pensée religieuse au service de pouvoirs voulant s’imposer par la terreur .

Le lendemain de la tuerie les journalistes de la RTBF* diffusaient un communiqué dans lequel ils revendiquaient la liberté absolue des journalistes la presse et le devoir d’information dans le respect de chacun. La presse américaine, que l’on ne peut suspecter de censure, introduit dans sa déontologie le « minimizing harn » ou la « limitation du dommage à autrui » s’opposant en cela à ceux qui brandissent la liberté absolue et totale de la presse, à l’image de la ligne rédactionnelle de Charlie Hebdo et de beaucoup de journalistes européens. Une limite donc au niveau d’une approche plus nuancée dans ce qui s’affirme être un « absolu » !

L’Homme est plus que son corps physique, il est aussi croyances, valeurs qui donnent sens à son existence. Ai-je dès lors le droit au nom de ma conception de la liberté, de m’en emparer jusqu’au blasphème pour les ridiculiser et atteindre ceux qui en sont porteurs ? Répondre par l’affirmative c’est oublier la violence cachée des mots et leur pouvoir de destruction.

N’est-ce pas là aussi atteinte à la personne dans son essence, rupture délibérée du lien social et source d’incompréhension, le tout sous prétexte de liberté, d’humour et de libération des consciences ?

Il est urgent de mettre l’Homme au centre du débat, et interroger la relation à l’Autre pour introduire le dialogue et la différence comme source de reconnaissance (re – connaitre). Dans cet échange j’ai le droit de me dire tout autant que le devoir d’écouter, car toute parole pour être féconde et avoir sens, doit pouvoir être entendue. Les caricatures de Mahomet l’ont oublié. La religion n’étant aux yeux de leurs auteurs qu’une source d’aliénation mentale et sujet à dérision. Ils l’ont payé malheureusement au prix de leur vie.

Beaucoup de musulmans se sentent maltraités et injuriés, mis au ban d’une société dans laquelle ils ont peine à s’intégrer quelquefois.

Pourtant, ignorer la parole de l’Autre est une forme subtile de totalitarisme, celui de nos propres convictions imposées au nom d’une suprématie au relent de colonialisme culturel et héritées d’une histoire singulière, dans un milieu social dominant, à un moment particulier.

La laïcité a ses règles. Elle n’a pas l 'apanage de la vérité. Elle prétend dans ses paroles et ses actes s’ériger en seul critère de vivre ensemble, rejetant dans la seule sphère du privé ce qui est religieux et croyances. L’hégémonie revendiquée dans le débat public de la laïcité est une prétention de se vouloir unique dépositaire de la vérité. En agissant de la sorte, elle rejoint, dans son action, l’obscurantisme qu’elle ne manque pas de dénoncer dans les religions. Une idéologie ne faisant que remplacer une autre.

La religion est affaire d’Homme, de conviction et de foi. Elle est action et créatrice de lien social.

Je ne dénie pourtant pas à la laïcité une place au sein du corps social. Parce qu’elle est née de l’Homme, elle en est une partie prenante au même titre que les religions. Ensembles et de manière singulière elles doivent s’interpeler les unes et les autres dans un nécessaire dialogue et une mutuelle reconnaissance, portant ainsi le fruit de notre diversité et l’éclosion de nos différences.

Le « Vivre ensemble » suppose respect de l’Autre, de ses croyances et de ses convictions dans un dialogue mutuel sur pied d’égalité, refusant toute tentative d’hégémonie et de suprématie. En permettant à chacun de trouver la place qui lui est due, la politique trouve toute sa légitimité.

C’est là notre héritage, celui de l’ Europe des droits de l’Homme.

Les caricatures satiriques mettant en scène Mahomet ne me semblent pas procéder de cette volonté de construire notre diversité, et notre besoin de fraternité. Elles sont sources de division et reçues comme provocation et insultes par une partie de la population. Elles cristallisent un ressentiment de rejet qui explose dans la violence de la même manière que lorsque j’insulte mon voisin je dois m’attendre à recevoir son poing sur ma gueule.

Les violences scripturales sont blessures autant que les coups portés, c’est d’autant plus vrai quand les mots touchent à ce qui fait vivre, à ce qui est primordial ou à ce qui fait sens dans la vie. C’est une chose qui est de l’ordre de l’humain et donc, à mes yeux, sacré.

Comme le souligne le psychanalyste Guy Corneau, toute violence est blessure d’amour et son degré marque l’ampleur de la blessure. C’est important de le souligner, mais qu’on ne s’y méprenne pas, je ne la justifie pas, tout au plus je tente de la comprendre. Je l’ai toujours viscéralement rejetée, celle des armes ou celle des mots. Je n’ai aucune sympathie pour les institutions sécuritaires, elles ne sont que des bras armés au service des puissances dominantes.

Je ne suis pas Charlie, parce que l’émotion suscitée occulte le fait que nos sociétés ont crée ce merdier terroriste. Plus particulièrement au Moyen-Orient, la gestion politique et les alliances tout au long du XX siècle sont, aujourd’hui encore, le ferment de l’émergence d’un islam tourné vers la violence. Pour s’en convaincre il suffit de regarder les conséquences de l’invasion de l’Irak, le laisser pourrir du conflit palestinien, l’abandon après les bombes de la Libye, les réfugiés et victimes syriennes, l’Afrique subsaharienne, et demain sans doute l’Afrique centrale.

Le mépris atteint le cynisme lorsque prennent place en tête d’une manifestation les hommes politiques responsables de cette situation. Pas seulement dans la gestion des conflits internationaux mais aussi dans celle des villes lorsqu’elle crée des ghettos, ces machines à exclure.

L’absence de toute perspective entraine une minorité des jeunes vers l’anéantissement d’une société qui institutionnalise le rejet. Les musulmans n’en ont pas l’exclusivité. Nos sociétés ont connu la « Fraction Armée Rouge » en Allemagne, les « Brigades Rouges en Italie, les « Cellules communistes combattantes » en Belgique, Anders Breivik en Norvège.

Encore une fois j’essaie de comprendre, non de justifier.

La démocratie dont se prévaut Charlie Hebdo ne se résume pas à un vote de circonstance de temps en temps mais à une participation active et citoyenne qui pèse sur les débats, tous les débats.

Malheureusement je me rends compte que nous avons peu de prises sur nos gouvernants pour mettre un peu de décence dans la politique étrangère. Elle n’est pas un enjeu lors des élections et elles laissent donc le champ libre aux gouvernements de mener des politiques, souvent secrètes, où les droits des populations sont méprisés, et ignorés. Ne dit-on pas par exemple que la politique internationale est « chasse gardée » du Président de la République Française ! Il nous appartient dès lors de nous interroger sur la manière de favoriser une émergence d’une politique internationale, démocratiquement décidée et contrôlée, respectueuse des droits de l’individu au niveau du monde. Sans cela le terrorisme a encore de beaux jours devant lui.

C’est à ce prix que le vivre ensemble est possible et pas dans les solutions sécuritaires qui nous rassurent mais ne résolvent rien. Notre sécurité ne se construira pas sur la haine, des patrouilles de police, des quartiers de haute sécurité, des interventions militaires. Elle passe au contraire dans le dialogue dans le respect de chacun pour un meilleur vivre ensemble.

L’humour, la pertinence des mots, l’outrance de caricatures peuvent nous secouer quand ils réclament plus de justice de paix, mais le respect de l’Autre en tant que miroir de moi-même, doit rester la limite infranchissable.

Pour l’avoir oublié une fusillade a fait 20 morts.

Ch Gobyn-Degraeve

* Radio Télévision Belge Francophone.



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